Madame Bovary La Première Rencontre

La première raison peut être une écoute attentive du ton de Flaubert, une mise en scène sèche dune situation grandiloquente, opératique. Peut-être, mais la fatalité de son inexistence ne semble pas être la conclusion de cette séquence. Chabrol utilise la dernière parole que prononce Charles dans le roman : Cest la faute de la fatalité! Il ne la prononce pas devant Homais mais devant Rodolphe : Chabrol essaie ici de respecter la dernière apparition de Charles et lesprit du roman dans un geste de condensation qui nest pas exactement une trahison. Il essaie de tenir compte dune pesanteur tragique. Mais, à ce moment, la voix du Conseiller séleva dun ton extraordinaire. Il déclamait : Les adieux de la belle-mère et de la bru furent secs. Pendant les trois semaines quelles étaient restées ensemble, elles navaient pas échangé quatre paroles, à part les informations et compliments quand elles se rencontraient à table, et le soir avant de se mettre au lit. On faisait dabord quelques parties de trente et un ; ensuite M. Hornais jouait à lécarté avec Emma ; Léon, derrière elle, lui donnait des avis. Debout et les mains sur le dossier de sa chaise, il regardait les dents de son peigne qui mordaient son chignon. À chaque mouvement quelle faisait pour jeter les cartes, sa robe du côté droit remontait. De ses cheveux retroussés, il descendait une couleur brune sur son dos, et qui, sapâlissant graduellement, peu à peu se perdait dans lombre. Son vêtement, ensuite, retombait des deux côtés sur le siège, en bouffant, plein de plis, et sétalait jusquà terre. Quand Léon parfois sentait la semelle de sa botte poser dessus, il sécartait, comme sil eût marché sur quelquun. Elle ne manquait point, il est vrai, de lui prodiguer toute sorte dattentions, depuis les recherches de table jusquaux coquetteries du costume et aux langueurs du regard. Elle apportait dYonville des roses dans son sein, quelle lui jetait à la figure, montrait des inquiétudes pour sa santé, lui donnait des conseils sur sa conduite ; et, afin de le retenir davantage, espérant que le ciel peut-être sen mêlerait, elle lui passa autour du cou une médaille de la Vierge. Elle sinformait, comme une mère vertueuse, de ses camarades. Elle lui disait : La description dEmma est faite à travers ses yeux. Il revient toujours à elle. Donnez-moi, je vous prie, une demi-once de vitriol. Ils étaient à lhôtel de Boulogne, sur le port. Et ils vivaient là, volets fermés, portes closes, avec des fleurs par terre et des sirops à la glace, quon leur apportait dès le matin. La petite fille bientôt revint plus près encore contre ses genoux ; et, sy appuyant des bras, elle levait vers elle son gros œil bleu, pendant quun filet de salive pure découlait de sa lèvre sur la soie du tablier. Voilà, dit le valet, ce que notre maître vous envoie. Bravo! dit le pharmacien. Envoyez donc vos filles en confesse à des gaillards dun tempérament pareil! Moi, si jétais le gouvernement, je voudrais quon saignât les prêtres une fois par mois. Oui, madame Lefrançois, tous les mois, une large phlébotomie, dans lintérêt de la police et des mœurs! Ovoïde et renflée de baleines, elle commençait par trois boudins circulaires Ah bah! répondit-elle, quest-ce que cela fait? Il lut un vieux journal de modes, sortit, fuma un cigare, remonta trois rues, songea quil était temps et se dirigea lestement vers le parvis Notre-Dame. madame bovary la première rencontre Le garçon de la poste, qui, chaque matin, venait panser la jument, traversait le corridor avec ses gros sabots ; sa blouse avait des trous, ses pieds étaient nus dans des chaussons. Cétait là le groom en culotte courte dont il fallait se contenter! Quand son ouvrage était fini, il ne revenait plus de la journée ; car Charles, en rentrant, mettait lui-même son cheval à lécurie, retirait la selle et passait le licou, pendant que la bonne apportait une botte de paille et la jetait, comme elle le pouvait, dans la mangeoire. madame bovary la première rencontre Cependant, sous la pluie des pensums, lordre peu à peu se rétablit dans la classe, et le professeur, parvenu à saisir le nom de Charles Bovary, se létant fait dicter, épeler et relire, commanda tout de suite au pauvre diable daller sasseoir sur le banc de paresse, au pied de la chaire. Il se mit en mouvement, mais, avant de partir, hésita. Madame Bovary se mit à lui retirer sa cravate. Il y avait un nœud aux cordons de la chemise ; elle resta quelques minutes à remuer ses doigts légers dans le cou du jeune garçon ; ensuite elle versa du vinaigre sur son mouchoir de batiste ; elle lui en mouillait les tempes à petits coups et elle soufflait dessus, délicatement. madame bovary la première rencontre Est-ce que tu las renvoyée pour tout de bon? dit-il enfin.